Chris Reinecke: Souris à feu

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Event

M HKA, Antwerpen

14 May 2022 - 21 August 2022

Au début des années 70, lors d’une visite à un musée, on soupçonne l’artiste Chris Reinecke de vouloir mettre le feu à l’édifice. Comme à son habitude, elle transporte une fiole d’huile de foie de morue, un complément vitaminique qu’on prend pour de l’essence ! Après les attentats de la Bande à Baader ou Fraction Armée Rouge, l’art engagé suscite la méfiance. Reinecke saisit, peut-être mieux que quiconque à l’époque, le dilemme éthique d’un individu déchiré entre l’art et l’activisme.

« Je suis une Indienne, je suis une Vietnamienne, je suis une Allemande et Chris Reinecke. »


Chris Reinecke (°1936, Potsdam)

En 1961, Chris Reinecke obtient son diplôme de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts à Paris. Elle entre ensuite à l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, où elle poursuit ses études jusqu’en 1965 dans l’atelier de Gerhard Hoehme, le même atelier où Sigmar Polke, Gerhard Richter et Franz Erhard Walther sont également apprentis.

Par l’intermédiaire de son époux de l’époque, Jörg Immendorff, Reinecke rencontre Joseph Beuys. Elle trouve étrange que ce dernier enseigne en costume militaire et que comme en temps de guerre, il descende à la cave avec ses élèves, pour y boire du schnaps. C’est une période trouble. Pendant que la Fraction Armée Rouge s’arme, Reinecke apprend aux femmes à souder et aux hommes à crocheter. Elle ne croit pas à l’aura ou au génie. Avec son utilisation ludique de matériaux domestiques banals, elle commence à triturer en douce les codes moraux de l’époque, tant en matière de genre que de relation entre l’art et le public. La phénoménologie, la définition de la position des humains et objets traverse l’œuvre de Reinecke comme un fil rouge et rejoint en cela sa remise en question critique de la position de l’artiste et de l’art dans la société.

Après les propos d’un politicien conservateur local déclarant que les gens « n’ont qu’à construire leurs propres maisons », elle tire ses conclusions : l’art est impuissant face à la réalité politique. Elle rejoint la « Mietersolidarität » [solidarité des locataires] et répond au cynisme généralisé par des affiches inspirées de l’agit-prop de Maïakovski pour Rosta (l’agence télégraphique soviétique), illustrant, entre autres, un projet d’unités résidentielles mobiles. Elle utilise de la laine et une aiguille à crochet pour fabriquer un cocon qui peut être suspendu entre deux réverbères et conçoit en outre une cabine individuelle sur roues. « Cela aide tout le monde –, vous avez votre maison et les autres ont leur tranquillité ! »

Un concept important pour Reinecke est celui du « changement ». Elle ne s’intéresse pas à l’art qui légitime le statu quo – ni sa propre œuvre – pour maintenir les conditions dominantes, mais à l’art susceptible d’influencer des structures sociales existantes. En l’espace d’à peine cinq ans, Reinecke développe, à partir d’une autocritique implacable, une œuvre qui intègre à un rythme accéléré les connaissances qu’elle a acquises, à commencer par la spatialisation de la peinture, en passant par des objets et des installations participatifs, des actions, de l’enseignement et de la critique sociale.

Bien qu’elle ait abandonné toute activité artistique pendant un certain temps, elle a repris le fil au cours des années 80. Pour Reinecke, l’art n’est pas un doigt moralisateur, mais une souris de feu capable de jouer un rôle puissant, en parallèle de l’économie, la politique et les médias.


Avec des remerciements particuliers à Chris Reinecke et à Sebastian Schemann. Pour Chris Reinecke, pour Isi Fiszman – pour, non contre. Avec les salutations de Lotte Beckwé

 

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