MARIANNE BERENHAUT – endroit, anvers

Event

M HKA, Antwerp

11 September 2021 - 09 January 2022

Partageant son temps entre Bruxelles et Londres, Marianne Berenhaut (née en 1934 à Bruxelles) réalise des sculptures poétiques assemblées à partir d’objets que l’on pourrait dire “laissés-pour-compte”, créant des compositions associatives et des installations sobres. Son œuvre, jusqu’à présent restée méconnue dans le champ de l’art contemporain, suscite aujourd’hui un intérêt grandissant.

 

Chaque objet incorporé par Berenhaut dans son travail porte des signes de vie et des traces d’utilisation. Depuis plus de soixante ans, elle sélectionne et collectionne avec soin des meubles, des vêtements et des jouets anciens. Il en résulte des sculptures qui génèrent un silence oppressant ainsi qu’une certaine impression de tristesse ou de malheur. Ces objets évoquent une existence humaine passée et insaisissable, et portent l’histoire d’une vie oubliée. A travers son langage visuel singulier, Berenhaut aborde des problématiques telles que la nostalgie, l'absence, le traumatisme et la mémoire.

 

Vie Privée, le titre générique que l’artiste a donné à ses œuvres des vingt dernières années, laisse croire au spectateur qu'il ou elle fait face à un environnement domestique et intime. Cependant, l'artiste met aussi l'accent sur le lien omniprésent entre sa pratique et le contexte social qui l'entoure. Ses sculptures sans prétention et quelque peu naïves jouent sur la mémoire émotionnelle collective; les réduire à des objets de seconde main nostalgiques serait une injustice, tout comme on ne peut réduire la Shoah à un fait divers. 

 

La série Poupées Poubelles (créée dans les années 1970) constitue une collection de poupées faites de bas nylon remplis de chiffons, de foin, de paille et de fleurs; comportant chacune un objet du quotidien différent. Cette série est caractéristique du langage visuel calfeutré employé par l’artiste. 

À propos de l'assemblage Vie Privée : Le Lit (2020), Berenhaut déclare : "Quand il fut terminé, j'ai été surprise. Il ne ressemblait à rien de ce que j'avais fait auparavant. Jusque-là, je parlais souvent de la perte, de ma vie volée, de mon enfance. Mais depuis que j'ai réalisé cette sculpture, je m'intéresse davantage à ma vie personnelle et à mes fantasmes personnels."

 

L’artiste explique avec insistance que les objets "laissés-pour-compte" qu'elle collectionne existent bien au-delà de leur simple présence physique. Suite à leur découverte dans la rue, sur un marché aux puces ou dans un vide-grenier, l’artiste les laisse vieillir sans les perturber, en attendant une association ou une combinaison opportunes. Les sculptures sont ainsi créées sans idée préconçue, et ne racontent leur histoire qu'après coup, a posteriori.

 

Thierry de Duve écrit à propos de l'œuvre de Marianne Berenhaut : « On ne peut que se réjouir de voir Marianne aller dans le sens de la réconciliation avec sa vie de survivante. Son travail récent change, moins tragique, plus ludique, plus érotique aussi. L’ambivalence n’en sera sans doute jamais absente [...]. Ce sera toujours pour elle une question de fidélité et de mémoire, ou de fidélité à la mémoire – un service qu’elle nous rend, car à Auschwitz l'humanité est devenue orpheline d’elle-même, et cela, nul ne peut l’oublier. » 

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