Dieci mila farfalle saranno liberate (Tienduizend vlinders zullen worden vrijgelaten)

Mass Moving

1972

Affiche, 104 x 76 cm.
Materials: offsetdruk op papier

Collection: Collection M HKA (Inv. no. M00452).

Le Butterfly Project a fait les beaux jours de la Biennale de Venise en 1972 : un cocon géant de sept mètres de haut avait été construit sur la place Saint-Marc. Trois volumes de grillage recouverts de polyuréthane étaient attachés à un cadre d’échafaudage. Cette forme d’architecture « sauvage » – comme l’appelaient les membres de Mass Moving – contrastait fortement avec l’architecture statique de la place Saint-Marc. Quelque dix mille chrysalides furent transportées d’un laboratoire de Versailles jusqu’à Venise. Huit jours durant, le public a pu suivre l’éclosion des chrysalides en papillons par le biais d’un circuit télévisé fermé. Les Mass Movers vivaient dans l’incubateur et assuraient de bonnes conditions de température, d’humidité et d’oxygène.

Des circonstances ont empêché le lâcher des papillons à minuit comme prévu (le vol devait être filmé par la télévision et les puissants projecteurs utilisés auraient attiré et brûlé les papillons), et le lâcher s’est finalement déroulé le lendemain, en fin d’après-midi. La place était remplie de curieux·ses. Mais les insectes, qui souffraient de la chaleur, n’ont fait montre d’aucune velléité à vouloir quitter l’incubateur. Les Mass Movers ont décrit l’action comme un magnifique échec. Le vol des papillons devait encourager les spectateur·rices à « vivre la ville de manière réelle et autonome, loin du climat stérile de finalité commerciale ou d’illusion intellectuelle ».

L’affiche a été conçue par Raphaël Opstaele. Avec un photographe, ils ont pris plusieurs photos de papillons au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren. Opstaele a manipulé l’une des photos en supprimant tous les tons gris, laissant une image graphique en noir et blanc. Sur la première affiche, on pouvait lire « mass moving project / streetwork n° 18 / brussels 1972 » et « somewhere people move the earth ». Pour l’affiche de Venise, l’image était inversée et y figurait la légende suivante : « dieci mila farfalle saranno liberate » [dix mille papillons seront libérés] et « centro di lotta biologica per la sopravvvivenza » [centre de lutte biologique pour la survie]. Le laboratoire de lutte biologique pour la survie est devenu une structure parapluie et a adopté une finalité permanente par la location d’une serre à Hoeilaart.

L’idée de la bombe de papillons est née de la rencontre entre Raphaël Opstaele, Bernard Delville et un biologiste spécialisé dans la culture des papillons. À l’origine, ils devaient commettre leur « acte terroriste » à Bruxelles, mais ce projet a pris de l’ampleur dès lors qu’ils furent invités à représenter officiellement la Belgique à la 36e Biennale de Venise, aux côtés de Christian Dotremont et de Pierre Alechinsky. Ils ont toutefois veillé à ce que la guérilla ait lieu. Au même moment, mais loin de l’épicentre de l’art contemporain, quelques Mass Movers, dont Paul Gonze, installaient trois Ludic Bombs dans la capitale japonaise. La première comportait 4 000 papillons et a explosé à 8h30, à l’entrée d’un complexe bancaire du quartier d’affaires de Nihombashi. La deuxième a explosé à midi dans le métro entre la gare de Tamachi et la gare de Hamamatsuchō. Et la troisième a explosé à 18 heures au centre du quartier commercial de Shibuya. Les papillons à peine éclos ont pris leur envol.

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